Être bien dans sa peau

C’était évident que je finirais par aborder le sujet d’être bien dans sa peau; c’est un de mes buts de vie. C’est un concept qui pour moi, est parfois difficile à comprendre. On m’a éduqué que dans la vie il y a des choses qu’on peut faire et même qu’on doit faire et d’autres qui nous seront éternellement inaccessibles. Avec le temps, j’ai découvert que c’était plus ou moins vrai. C’est sûr qu’il y a des choses qu’on ne peut vraiment pas faire; comme nuire constamment aux autres. Les gens éduquent toujours par rapport à leurs propres limites et aspirations. Alors, ce qui est vrai pour quelqu’un l’est rarement pour son voisin. Quand j’étais enfants, ce que mes proches me disaient, c’était la vérité absolue pour moi. Je n’avais aucune expérience pour les contredire, aucune maturité psychologique pour m’opposer à eux et encore moins de connaissances pour savoir ce que j’étais. J’avais le sentiment d’être une fille tandis que mes parents étaient persuadés que ce n’était qu’une phase qui serait vite passée. Comme la phase ne passait pas, chaque comportement étaient réprimandés avec un peu plus de fermeté. Je n’étais pas constamment grondée, l’éducation est beaucoup plus subtile que ça. Une partie de notre éducation est indirecte. Par exemple, il pouvait s’agir d’une situation à la télévision où l’on voyait un comédien se travestir pour se moquer de la condition féminine ou encore de personnes travestis. Le discours était direct, ostracisant et violent. Pourtant tout le monde riaient dans la maisonnée. Éducation indirecte; qui aspire à devenir le dindon de la farce?  La seule solution que j’ai envisagé était de me conformer à ce que l’on voulait de moi. Je ne voulais pas devenir une cible ou pire, perdre l’amour de ma famille. Je suis devenue une « collaboratrice du pouvoir » en place pour ne pas être rejetée. C’est aussi un tribut qui avec les années, devenait de plus en plus lourd à porter; c’est demandant de toujours jouer un rôle afin d’être simplement acceptée. Il y avait un prix à payer à s’ignorer de la sorte; je n’ai pas su qui je suis pour la plus grande partie de ma vie.

J’ai toujours eu le sentiment que mon corps était un véhicule pour mon cerveau. Je n’y accordais aucune importance mise à part les règles d’hygiènes élémentaires. Autre effet, quand je me regardais dans le miroir, c’était comme entretenir un objet afin qu’il fonctionne bien. Au niveau intellectuel, je n’estimais pas mon histoire personnelle et je n’avais aucune idée de la direction que je voulais que ma vie prenne. Ça explique pourquoi j’ai abandonné mes études et que j’ai fait plusieurs petits boulots simplement pour survivre sans réellement de plans qui m’auraient fait avancer. Pour le dire plus simplement, c’est comme si je voyais ma vie à la troisième personne. Un peu comme dans un jeu vidéo où l’on aime bien le personnage qu’on incarne mais aussi où l’on se fout de ce qui arrivera au personnage après la partie. J’avoue que c’est un peu exagéré comme exemple mais l’idée derrière ça est que je ne m’impliquais pas dans ma vie. J’avais toujours une distance émotionnelle face à ma vie, comme pour me protéger de la douleur de ne pas pouvoir être la personne que je voulais être. Être bien dans ma peau était définitivement le contraire de ce que je vivais. Encore fallait-il que je reconnaisse que j’avais une peau! La vraie phase, si phase il y a eu, c’était de me cacher derrière mon apparence masculine afin qu’on ne découvre pas ma vraie nature. Comme tout ça est maintenant derrière moi, je suis en processus pour m’approprier mon propre corps. C’est un peu gênant parce que la plupart des gens ont passé cette étape pendant leur enfance. En même temps, c’est stimulant parce que je découvre une toute nouvelle façon de vivre qui inclut mon corps et l’envie de l’habiter. Je n’aurai jamais des caractéristiques totalement féminines. C’était (et parfois ça l’est encore) une grande source de détresse pour moi. Je me disais: « est-ce qu’un jour quelqu’un reconnaîtra la femme que je suis réellement? »

Ne pas se sentir bien dans sa peau n’est pas un apanage exclusif des personnes trans. Je crois que c’est universel autant chez les hommes que chez les femmes. La pression sociale exerce un énorme pouvoir quant à la façon de se concevoir et aussi de s’aimer soi-même. Je lis souvent des biographies; l’expérience de vie des autres m’inspire beaucoup et fréquemment elle donne des réponses à certains questionnements qui me sont propres. Le dernier livre que j’ai lu parlait d’une dame qui a réussi dans la vie malgré un surpoids persistant. Toute sa jeunesse elle avait été persécutée à cause de son tour de taille. Cela affectait sa confiance en elle et son estime d’elle-même. Elle n’était pas un canon de beauté selon les critères partiaux de son entourage et pourtant elle a réussi professionnellement mais surtout personnellement à s’aimer. Malgré un contexte différent, on mène la même lutte; celle de ne pas correspondre à une « case » socialement valorisée. Ce qu’on représente aux yeux des autres dépend beaucoup de la façon dont on se perçoit. Si on ne s’aime pas soi-même, on entre dans un effet domino qui peut mener à la catastrophe.

Autrefois, éducation conservatrice oblige, je voyais toutes formes d’améliorations esthétiques (maquillages, soins de la peau ou autre) d’un mauvais oeil. Quand j’y pense aujourd’hui, cette vision des choses est réellement absurde. Quand on ne s’aime pas, on ne fait rien pour nous-même et souvent on est très peu motivée dans la vie. On remet inconsciemment tout notre pouvoir au jugement et au regard des autres. Moi, j’étais épuisante quand j’étais en couple parce que je n’avais pas un bon équilibre entre l’amour de soi et l’amour de l’autre. Un jour une femme avec qui j’étais m’a dit: « comment veux-tu que l’on t’aime, tu ne t’aimes pas toi-même. » J’ai été longtemps vexée parce cette réplique. Premièrement parce que la personne avait raison et deuxièmement parce que j’étais désemparée pour trouver une solution à ce problème; je ne savais pas ce que ça voulait dire s’aimer soi-même. Ce n’est pas un concept que je maîtrise totalement aujourd’hui. Par contre, j’en prends de plus en plus conscience de jour en jour. Aujourd’hui, je suis heureuse de la personne que j’ai été, de la personne que je suis et de la personne que je deviens. Mon expérience unique de la vie fait que je suis la personne que je suis.

Je ne suis plus contre le fait de vouloir être belle. Mais attention, quand je dis belle je ne parle pas des canons de beauté que l’on nous martèle sans cesse à l’esprit pour nous obliger inconsciemment à s’y conformer. Je parle de devenir belle à nos propres yeux. Bien sûr, il y a quelques règles auxquelles j’adhère. Par exemple, il y a certaines régions de mon corps que je préfère voir épilées. Je fais aussi plus attention à mon alimentation partiellement pour l’esthétisme mais la vraie raison c’est la santé. Je ne veux plus me négliger comme auparavant, on n’a droit qu’à une seul corps dans notre vie. Pour le reste, les changements que je fais que ce soit par chirurgie ou par épilation définitive, je les fais pour moi. J’ai accepté que je ne serai pas une femme typique. J’ai un corps en santé avec des capacités physiques qui sont très biens et qui se situent entre celles d’un homme et d’une femme. Je ne recherche pas à devenir un stéréotype féminin. D’ailleurs la majorité des gens ne cherchent pas à devenir des stéréotypes masculins ou féminins. Je cherche simplement à trouver un nouvel équilibre où je serai heureuse d’être. Tous les jours je m’aime un petit peu plus et ça me permet de mieux aimer les gens qui m’entoure. Sans être une recette universelle, je n’ai plus peur de faire appel à l’esthétisme pour apprécier l’image que le miroir me retourne. Chaque jour je me rapproche de la zone où je suis bien dans ma peau. Ça semble fonctionner parce que je deviens un peu plus heureuse au fil du temps. Enfin, j’adore les citations alors je vais vous laissez sur celle-ci: « Que vous pensiez être capable ou ne pas être capable, dans les deux cas, vous avez raison. » Henry Ford

Stéphanie Alyson Gravel (Stéphane nie…)

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