L’identité d’une personne

Dans le dernier article, j’ai fait une mini biographie de qui j’étais. Je vous ai mentionné que j’étais une personne trans et j’y suis peut-être allée un peu rapidement sans vraiment expliquer ce qu’est une personne trans. La réponse à cette question est souvent assez vague; il y a autant de diversité chez les personnes trans que chez celles qui ne le sont pas. Par contre, les mentalités ont beaucoup changé ces dernières années. C’était bien différent dans les années où je fréquentais l’école secondaire (les années 80). À cette époque, on nous aurait qualifié de transsexuel.le.s ou parfois, par ignorance, certains disaient travesti.e. Sauf que les différences entre les personnes trans (identité de genre) et les personnes travesti.e.s (présentation de genre) sont énormes. Alors, laissez-moi vous démystifier tout ça. Il existe plusieurs théories sur l’identité des gens. Quelques-unes sont teintés d’idées qui se perdent en préjugés plutôt que de reposer sur une observation concrète des faits. Dans certains livres de psychologie, ce qui est associé au monde LGBTQ (Lesbienne, Gai, Bisexuel.le, Trans/Transgenre/Transsexuel.le, Queer et autres) est considéré comme étant de la maladie mentale. Heureusement, la tendance actuelle est à la dépathologisation. L’identité d’un individu est possiblement le résultat de la combinaison de plusieurs composantes; l’identité de genre, l’expression de genre, le sexe biologique, l’orientation sexuelle et naturellement, il y a toujours eu une composante socioculturelle. Les quatre premiers éléments sont évalués par rapport à un spectre ou si vous préférez une ligne droite avec deux opposés et une myriade de variations entre les deux. La dernière composante dépend de la façon dont ont a été élevé dans une société et une culture spécifique. L’identité de genre, c’est comment on se sent à l’intérieur en tant que personne; c’est généralement instinctif. Les deux extrêmes de cette droite sont : se sentir totalement « homme » ou totalement « femme ». Entre ces pôles, on peut se sentir partiellement homme ou femme dans n’importe quelle proportion ou ni l’un ni l’autre. L’expression de genre, c’est la façon dont on se présente aux autres dans la vie de tous les jours. Ça fonctionne sur le même principe que l’aspect précédent, on peut avoir une présentation totalement féminine ou masculine, quelque part entre les deux (androgyne) ou ni l’un, ni l’autre (style unique). Pour ce qui est du sexe biologique, c’est celui qui a été assigné à la naissance par le médecin. Certaines personnes sont typiquement mâle ou femelle (selon les critères scientifiques actuels) mais un pourcentage de la population est considéré comme étant intersexué; soit avec des organes génitaux mal définis ou encore posséder des caractéristiques dites à la fois mâle et femelle. L’orientation sexuelle aussi est un spectre très complexe partant de l’hétérosexualité, à la bisexualité jusqu’à l’homosexualité en passant par toutes les variations entre les pôles comme la pansexualité (être attiré par tout le spectre) ou même l’asexualité (ne pas être attiré sexuellement par qui que ce soit). Et bien sûr, il existe des composantes socioculturelles qui peuvent déterminer les individus par exemple chez certains peuples autochtones de l’Amérique du Nord, existe le concept de « two spirits ». Ou encore la caste des « Hijra » en Inde. Si vous n’êtes pas de la culture de ces

peuples, même si les descriptifs vous conviennent, vos origines ethnique ou culturelle vous empêcheront d’être qualifié selon ces termes. Des exemples? Une femme lesbienne (orientation sexuelle) pourrait se sentir féminine (identité du genre), avoir une présentation plus masculine (expression du genre) et un sexe biologique typiquement féminin selon les critères médicaux actuels. Certaines cultures associeront un nom spécifique à ce type de combinaison et d’autres pas. Dans le même ordre d’idée, une personne trans (identité du genre différente à divers degrés du sexe biologique déterminé à la naissance par un médecin), pourrait avoir une apparence féminine (expression du genre), être pansexuelle (aimer les gens peu importe leur sexe biologique, trans ou non) (orientation sexuelle), avoir ou avoir eu un sexe ayant été déterminé comme étant masculin à la naissance et posséder une appellation culturelle spécifique (ex: « Two Spirits » comme c’est le cas pour certains peuples d’origine amérindienne). Les combinaisons peuvent être très spécifiques voire uniques. C’est pour ça que lentement les organismes LGBTQ tendent à vouloir utiliser le terme « diversité » plutôt que de continuer à ajouter des lettres comme dans LGBTQQIP2SAA que j’ai déjà vu quelque part… En gros ce qui paraît simple au départ est beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît. Dans le même sens, ce raisonnement ne s’applique pas seulement aux personnes trans. Les personnes non-trans que l’on nomme dans le jargon LGBTQ, des personnes « cisgenres » (Ce sont des personnes qui n’ont aucun problème avec l’identité de genre « homme » ou « femme » qui leur a été assignée à la naissance) font aussi partie de ces spectres. Par exemple, une personne avec une orientation sexuelle particulière peut très bien être une personne cisgenre. Selon cette vision des choses, les gens sont beaucoup plus diversifiés que cela ne le laisse présager dans nos sociétés actuelles. C’est vrai que certains trouveront que c’est une façon complexe de décrire la diversité de l’identité des gens. D’un autre côté, les sociétés humaines sont aussi des créations de l’esprit très complexes. Jusqu’à un certain point ce sont des fictions servant à fonctionner dans la réalité. Si vous pouviez demander à votre chat comment il trouve ça de vous voir partir travailler le matin pour gagner du papier (argent papier) ou des « 1 » et des « 0 » (argent électronique) pour que vous puissiez acheter des trucs qui n’existent pas dans la nature (ex: un téléphone cellulaire), il dirait sûrement quelque chose du genre « ils sont fous ces romains! » (pour paraphraser Obélix). C’est caricatural, j’en conviens, l’idée est simplement de prendre conscience que les conventions qui régissent nos sociétés… Ne sont que des conventions! D’autre part, je dois avouer que si je n’avais pas été une personne faisant partie de la communauté LGBTQ, je ne serais possiblement pas au courant de ces composantes de l’identité. Je me serais définie comme une personne en conformité avec son éducation et je n’aurais eu aucune raison de me redéfinir à ce niveau là. En tant que personne trans, j’ai senti qu’il était essentiel que je remette en question la façon dont on m’a éduqué. Où suis-je selon ce que je viens de décrire?

Selon les critères de l’identité que je vous ai décrits précédemment, j’ai toujours eu une identité de genre féminine. Malgré mon apparence physique, ma voix, ma façon de bouger ou de m’exprimer, je fais de mon mieux pour avoir une expression de genre féminine. Pour ce qui est de mon sexe biologique assigné à la naissance, c’était masculin. Quant à mon orientation sexuelle, je dois la redéfinir. C’est la composante socioculturelle qui me cause le plus de soucis; on m’a élevé pour que je devienne un homme. Par conséquent, j’ai beaucoup de difficulté à adopter des comportements semblables à ceux qu’une femme cisgenre a appris tout au long son éducation. J’y vois aussi plusieurs inégalités. Par exemple, on m’a inconsciemment donné le droit de m’exprimer comme un homme dans une société qui est de toute évidence favorable aux hommes. Une société qui (même si ça change) relègue souvent les femmes au second plan. C’est plutôt insidieux, à moins d’avoir un statut exceptionnel, une femme est souvent moins considérée qu’un homme de statut équivalent. J’ai toujours refusé que les femmes aient moins de valeurs que les hommes en société. Je suis ce qu’on appelle dans notre jargon de personnes trans, une « personne trans binaire » ou dans mon cas spécifique une personne trans « MtF » (« Male to Female ») ou une personne qui avait un corps d’homme et qui transitionne lentement pour avoir un corps qui s’approche de celui d’une femme. Il y a aussi des personnes trans « FtM » (Female to Male), même principe mais en direction opposée. Il existe aussi des personnes « trans non binaires »; ces personnes adoptent certaines caractéristiques généralement attribuées aux deux pôles de genre « Homme » ou « femme » dans des proportions variées. Ces théories sont en constante évolution et deviennent plus complexe à mesure que de nouveaux éléments y sont intégrés. Elles ont l’avantage de démarginaliser les personnes LGBTQ en permettant de les réintégrer dans un modèle de société qui parfois oppose des concepts plus rigides. En tant que femme d’origine trans, je me sens vivante. Je comprends mieux ce qui me manquait depuis le départ; vivre de façon authentique en acceptant qui je suis. C’est sûr que ça demande plusieurs ajustements. Je remets mon éducations en perspective et je me redéfinis selon des critères que je dois trouver moi-même par essai et erreur. Tout de même, je me sens privilégiée d’être bien entourée socialement et d’avoir une certaine facilité à me remettre en question. Bien sûr, je ne suis pas aussi féminine que j’aimerais l’être. Avec le temps, je vais trouver le compromis idéal entre la société, ce que j’aurais voulu être et ce qui me conviendra d’être avec tout ce que j’apprendrai à connaître et apprécier. Dans mon cas, faire mon « coming out » c’était toute une crise de la quarantaine! (lol) Mais on s’entend, cette crise n’est pas apparue du jour au lendemain. Tout était là depuis ma naissance. Cela a été une bonne chose de me remettre en question et de me donner la chance d’être ce que je dois être. Pour le reste, disons que je suis curieuse de voir la suite des choses…

Stéphanie Alyson Gravel (Stéphane nie…)

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